Non, un vin qui sent l’œuf pourri n’est pas (forcément) à jeter

Petit article aujourd’hui issu d’une expérience malheureuse ( ?) qui est arrivée à un très bon ami à moi récemment.

Petite soirée, et comme il est de bon aloi, on ne vient pas les mains vides. Un joli petit Chablis 2008 qui semble tout à fait convenir à l’esprit du moment est donc avancée sur la table.

Cet oeuf de titanosaure est pourri depuis quelques millions d'années

Cet oeuf de titanosaure est pourri depuis quelques millions d'années

Le temps s’écoule et les bouteilles se vident, nous obligeant donc à ouvrir ce Chablis. Et là, enfer et putréfaction, ce dernier sent l’œuf pourri. Oui oui, l’œuf pourri, joyeuse odeur symbole d’un célèbre défaut du vin, la réduction.
Comment se produit la réduction ? Les causes sont multiples, mais dans l’idée, c’est que le vin a été privé d’oxygène (oui, comme nous, sans oxygène, il tire la gueule pépère). Privation d’oxygène, c’est donc, je vous le donne en mille, le contraire de l’oxydation ! Et paf.

D’où cela peut-il venir ? Les causes sont multiples : un vin jeune qui a été élevé en barrique (ou en bouteille) trop longtemps, sans voir le jour. La lie (du moins les micro-organismes qui sont dedans) a donc consommé tout l’oxygène présent, avant de donner ce sympathique bouquet puant au vin. La réduction peut aussi provenir d’un excès de sulfitage (vas-y que je te balance du souffre au kilo pour que la bouteille tienne dans la durée), ou d’une exposition prolongée à un éclairage au néon.

Mais bon, là, la bouteille avait quand même de la gueule, achetée chez un caviste sérieux, donc on pariera sur cette vilaine lie.

Et là drame, on est à deux doigts du meurtre, mon pote hésitant à prendre un couteau à beurre (ou à huîtres, je ne sais plus trop) pour aller égorger son malfaisant caviste – qui n’y pouvait, vous me l’accorderez, pas grand-chose.

carafe_vin

Elle saura vous sauver

Que nenni ! Hurlais-je ! Nous allons laisser cette bouteille s’aérer quelques temps, les notes de réduction, face à un oxygène vigoureux ambiant, devraient s’estomper comme neige au soleil. Combien de temps me direz-vous ? Difficile à dire. Certains ont parfois attendu jusque 48h en bouteille, d’autres seulement 2h en carafe. Le mieux est de la poser, d’attendre, et de goûter régulièrement.

Et ainsi se termina la soirée dans la joie et l’allégresse, nous oubliâmes alors la bouteille ouverte dans un coin de la cuisine…
… où elle ne sera retrouvée que le lendemain matin ! Curieux, j’y porte donc mon nez et là : impeccable. Alors oui, ce n’est pas une Forest de Dauvissat, mais ça goûte bien. Le vin est sauvé, nous pourrons donc avec joie le boire le midi même !

La morale de cette histoire ? Un vin présentant des notes de réduction peut-être sauvé. Donc ne jetez pas tout dans l’évier, soyez un peu patients, sacrebleu.

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